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Aide sociale à l’enfance : 30 % d’enfants confiés en plus en dix ans, des effectifs qui n’ont pas suivi
Fin 2024, le Département du Pas-de-Calais avait 7 480 enfants confiés à l’aide sociale à l’enfance. C’est 30 % de plus qu’en 2014. Sur la même période, ses effectifs sociaux et éducatifs n’ont augmenté que de 17 %. À cette date, le Pas-de-Calais était le deuxième département de France où il y avait le plus d’enfants confiés pour un poste de travailleur social.
Des chiffres publics, que le Département transmet lui-même
Ces chiffres ne sortent pas d’un tract. Ils viennent de la DREES, le service statistique des ministères sociaux. Chaque année, elle demande à chaque département combien d’enfants il prend en charge et combien d’agents il emploie. Les derniers chiffres par département datent de fin 2024. Ceux de fin 2025 sont attendus en décembre 2026 : nous mettrons cet article à jour dès leur parution.
Nous avons compté les postes en équivalent temps plein : deux agents à mi-temps font un poste. Nous avons retenu les personnels sociaux et éducatifs du Département, en grande majorité des assistants socio-éducatifs. Les assistants familiaux ne sont pas dans ce calcul. Les agents des foyers non plus, car la DREES ne les compte pas dans cette enquête.
Cinq ans sans renforts, puis un rattrapage partiel
Entre 2014 et 2019, le nombre d’enfants confiés passe de 5 739 à 7 263. C’est 27 % de plus en cinq ans. Pendant ce temps, les effectifs ne bougent pas : 628 postes en 2014, 624 en 2019.
Ensuite, la tendance s’inverse. Le nombre d’enfants confiés se stabilise autour de 7 500, et le Département recrute. Fin 2024, il compte 737 postes, soit 18 % de plus qu’en 2019. C’est réel, et il faut le dire.
Mais ce rattrapage ne comble pas le retard pris avant. Sur dix ans, les enfants confiés ont augmenté de 30 %. Les postes, de 17 %.

Deuxième département le plus chargé de France
Fin 2024, on compte dans le Pas-de-Calais 10 enfants confiés pour un poste social ou éducatif. La moyenne française est de 6. Seul le Calvados fait plus, et la Seine-Maritime est au même niveau. En 2017 et en 2019, le Pas-de-Calais était même premier, sur 97 départements.
Attention, ce chiffre n’est pas le nombre d’enfants suivis par un référent. Le Département en déclare un tiers à l’aide sociale à l’enfance. Les autres sont surtout dans le service social polyvalent, et quelques-uns à l’insertion ou auprès des personnes âgées. Mais le calcul est le même pour tous les départements. Il montre donc bien où la pression est la plus forte. Et depuis dix ans, elle est parmi les plus fortes ici.
Combien de postes manque-t-il ?
Pour revenir à la moyenne française, à organisation égale, il aurait fallu fin 2024 entre 240 et 440 postes sociaux et éducatifs de plus. Le chiffre dépend de ce que l’on compte.
Si l’on regarde seulement les enfants confiés, l’écart est d’environ 440 postes. Si l’on ajoute les aides éducatives, à domicile ou ordonnées par le juge, il est d’environ 290. Si l’on garde uniquement les postes que le Département déclare à l’aide sociale à l’enfance, il est d’environ 240.
Ce n’est pas un besoin fixé par une règle : aucun texte ne dit combien d’enfants un professionnel peut suivre. Une partie de l’écart peut aussi venir de l’organisation, car certains départements confient des suivis à des associations dont les salariés ne sont pas comptés ici. Mais quelle que soit la façon de compter, l’écart se chiffre en centaines de postes.
Les placements ne sont qu’une partie du travail
Il y a aussi les aides éducatives à domicile. Le Département les met en place avec l’accord des familles, sans passer par le juge. Leur nombre a presque doublé : 1 320 enfants fin 2024, contre 667 en 2014. Chacune de ces mesures demande une évaluation et un suivi.
Au total, en comptant les mesures ordonnées par le juge, plus de 12 000 enfants et jeunes du Pas-de-Calais avaient une mesure d’aide sociale à l’enfance fin 2024.
Ce que vous pouvez faire
Si vous travaillez à l’aide sociale à l’enfance, votre charge de travail n’est pas une impression. Les chiffres que votre employeur envoie lui-même à l’État le montrent.
Gardez une trace de ce qui ne tient plus : le nombre de situations que vous suivez, les écrits en retard, les visites reportées. Signalez-le par écrit à votre hiérarchie. Si votre santé est en jeu, notez-le aussi dans le registre santé et sécurité au travail de votre service. Un écrit daté pèse plus qu’une plainte orale.
Et faites-nous remonter ces situations. Une par une, elles se perdent. Mises bout à bout, elles deviennent un dossier que nous pouvons porter au comité social territorial, l’instance où se discutent l’organisation des services et les effectifs.
Ce que nous en retenons
Le Département a recruté ces dernières années. C’est une bonne nouvelle, mais il partait de très loin. Avec 60 % d’enfants confiés en plus par poste que la moyenne française, le Pas-de-Calais restait fin 2024 l’un des départements qui demandent le plus à leurs travailleurs sociaux.
Quand un professionnel suit plus de situations, il a moins de temps pour chacune. Ce temps en moins, les enfants et les familles le ressentent. Les agents, eux, s’usent. Ce n’est pas un problème d’organisation individuelle. C’est une question d’effectifs, et elle se règle collectivement, chiffres en main.
Sources : DREES, enquête Aide sociale. Le personnel de l’action sociale et médico-sociale départementale (séries 2014 à 2024) et Les bénéficiaires de l’aide sociale à l’enfance (données définitives 2024). Calculs FSU Territoriale 62.